Ce que la morsure chronique de la joue interne entame (nouvelle)
Goliathus
Synopsis
Ma nouvelle « Ce que la morsure chronique de la joue interne entame" figure en page 161 dans Le recueil 2025 « Des jours sang ».
L’ouvrage est illustré avec des photos de François Guillotte.
Coédition Les Ancres Noires et les Éditions du Horsain, poche, 208 pages, 10 €, ISBN 978-2-36907-124-2
Il s'agit de ma toute première participation au Concours des Ancres Noires et ma toute première nouvelle de genre "littérature noire".
Un grand merci au Comité de lecture et bonne lecture à tous.
NB: mon patronyme civil a été retenu par les éditeurs en lieu et place de mon nom d'artiste.
Genèse
Le 15 avril 2025, j'ai reçu cette merveilleuse nouvelle:
"Les Ancres Noires sont très heureuses de vous informer que votre nouvelle intitulée: "Ce que la morsure chronique de la joue interne entame". fait partie des 5 nouvelles qui paraîtront dans notre recueil 2025.Toutes nos félicitations. - Odile Marteau Guernion, Présidente de l'association
Synopsis
Dans une école maternelle fraîchement rénovée et ironiquement baptisée du nom d’une célèbre empoisonneuse, Anna, vacataire inexpérimentée, s’apprête à affronter sa première rentrée. Invoquant à la fois l’héritage familial et les fantômes de ses humiliations scolaires, elle tente tant bien que mal de prendre la mesure de sa mission : faire classe. Mais sous les sourires convenus, les cartables colorés et le chaos apparent des enfants, perce peu à peu une inquiétante dérive.
Avec un sens aigu de la satire et une langue foisonnante, la nouvelle déroule une montée en tension où la frontière entre autorité et brutalité, entre norme sociale et violence symbolique, s’efface insidieusement. Le regard se fait tour à tour acéré, grotesque ou empathique, et invite à questionner la banalité du mal sous des dehors ordinaires.
Style dense, noir, parfois baroque, la plume mord avec intelligence, entre critique sociale, dérive psychologique et absurde grinçant. Une farce sombre, troublante, qui touche à l’universel.
Extrait
Y'a des jours avec...
Dès le primaire, Anna avait été en butte aux tracassements de ses camarades, des mauvais traitements qui s’étaient poursuivis aux cours élémentaires et moyens où sa mère et sa tante officiaient, deux femmes engoncées dans leur orthodoxie éducative, considérant le Bescherelle comme une bible et la règle comme un outil de sévices ; que leur fille et nièce fût martyrisée ne tenait à leurs yeux qu’à sa sottise. Face à ses genoux écorchés et son visage griffé, sa mère lui avait simplement dit : « Y’a des jours avec … et des jours sang. »
Il était ironique qu’Anna, qui avait haï la classe et ses rites cruels, se retrouvât des années plus tard maîtresse du lieu honni, culminant à des hauteurs institutionnelles au-dessus des têtes pouilleuses, à cause de l’irrépressible force d’inertie de l’hérédité sociale ; elle représentait la sixième génération d’institutrices, elle, la sixième d’une fratrie, née une année bissextile. Cette répétition de 6 attachée à sa destinée l’imprégnait d’une humeur maléfique, un vague sentiment de malheur.