Goliathus-Goliatus
Les Terres Nouvelles (nouvelle)

Les Terres Nouvelles (nouvelle)

Goliathus

Synopsis


"Dans une langue ciselée et poétique, Les Terres Nouvelles esquisse les contours d’un monde postmoderne désenchanté, mais non dépourvu d’espoir. 

Le récit alterne les regards de Clarisse, mère adoptive d’une adolescente au seuil de l’âge adulte, et de Rosa, jeune déracinée, fruit d’une génération façonnée par l’eugénisme et l’intelligence artificielle. 

À travers leur relation tendre et asymétrique, l'auteur explore les tensions entre héritage et renouveau, entre appartenance et rupture.

Le style littéraire se distingue par une grande élégance narrative, une densité réflexive et une sensibilité qui rappelle les récits de l’anticipation humaniste. 

Loin des clichés dystopiques, cette nouvelle propose une toratopie — une utopie enracinée dans le présent — où la jeunesse bâtit des alternatives silencieuses, radicales et résolument féminines. 

Une œuvre poignante, subtilement engagée, où chaque mot pèse, chaque silence parle, et chaque génération interroge l’autre sur le sens de sa trajectoire."

A découvrir page 49 du recueil "Où va le monde" disponible gratuitement dans toutes les bibliothèques du 5e.


Genèse

Ma nouvelle d'anticipation est arrivée en 8e position parmi les 10 nouvelles  sélectionnées lors du Concours 2025 organisé par les bibliothèques du 5e arrondissement de Paris dans le cadre du Festival Quartier du Livre.

Le thème de cette 3e édition du concours était "Où va le monde ?"

Extrait

Incipit

A perte de vue, la colonne s’étire ; des corps aux visages brouillés, des vêtements que la poussière uniformise, parfois un rouge ou un turquoise raconte une rébellion intime ; des pieds nus parmi la cohorte de souliers rudes et un silence étrange qui n’est pas l’absence de bruits mais la disparition des mots, comme si tout ce qui pouvait être dit l’avait déjà été il y a longtemps, là-bas, au-delà de la frontière, où la marche a commencé. 

Une femme est assise au bord de la route, un nouveau-né dans les bras ; une petite fille à son côté regarde la transhumance humaine. Elle a huit ans à peine et s’étonne que nul ne s’écarte de la colonne ; les brebis de sa tante sont plus dissipées.

« Où vont-ils ? »

Dans sa langue, la femme parle de la terre qu’on leur a promise. 

La fillette doit venir d’un des villages à proximité de la route. Enfant espiègle, elle a échappé à la vigilance de ses parents. Soudain, une émotion submerge la femme assise. L’idée terrible qui vient d’éclairer son esprit ne peut être que d’inspiration divine, puisque la foi est son seul bagage. Elle se redresse sur ses genoux pour être à la hauteur de la fillette , une pupille échouée au bord de sa paupière la rend à la fois vilaine et touchante. 

« Nieta » dit-elle et, sans autre cérémonial, dans le prolongement de l’appellation affectueuse que la fillette n’a pas comprise, la femme place son nouveau-né entre les bras de l’enfant, puis elle se lève et rejoint les migrants — elle a perdu une de ses chaussures. La fillette n’a pas le temps d’imprimer son visage.