La fascination de l'écrou (nouvelle)
Goliathus
Synopsis
Ma nouvelle "La fascination de l'écrou" figure en page 27 du numéro 101 de la magnifique revue littéraire L'Encrier Renversé.
C'est ma toute première participation à la revue.
Voici le synopsis
Un mardi ordinaire, Clarissa, professeure de mathématiques méthodique et anxieuse, entreprend de resserrer un simple écrou de lunette de toilettes.
Mais, dans le silence géométrique de sa maison, la mécanique du monde se dérègle peu à peu.
Entre la clé à molette et la tasse de café, les gestes précis d’une femme en quête d’ordre deviennent le miroir d’une folie héréditaire qui affleure.
Ma nouvelle "La fascination de l’écrou" explore la tension entre raison et chaos, héritage et émancipation, dans la lignée des héroïnes de Virginia Woolf à qui j'emprunte les prénoms de ses personnages et les obsessions.
Entre réalisme domestique et vertige métaphysique, mon texte tente de révéler la beauté tragique d’un monde qui tient — ou se défait — autour d’un minuscule filetage.
Bravo au lauréat 2025, Pierre-André Magnin (de Conches [Suisse]) pour sa nouvelle intitulée « La guitare sans prix » et un grand merci au comité de lecture qui a apprécié ma nouvelle.
Genèse
J'ai présenté ma nouvelle "La fascination de l'écrou" au 37e concours de L'Encrier Renversé, belle et exigeante Revue littéraire.
L'inspiration d vient d'une scène banale, mais marquante. Un jour, ma sœur me disait qu'elle allait "resserrer l'écrou de la lunette des toilettes" parmi ses nombreuses tâches du week-end. Cette image d'une femme moderne, qui jongle entre travail, tâches ménagères et réparations, m'a inspiré le personnage de Clarissa et sur laquelle repose l'ordre du monde.
Qui sait ce qu'il adviendrait si l'écrou de la lunette des toilettes n'était pas resserré par ses soins ?
.Professeure de mathématiques, mon héroïne lutte pour maintenir une façade de calme et de logique, tandis qu'une pression invisible la pousse à l'angoisse.
Je me suis inspiré de l'univers de Virginia Woolf en cachant dans le texte plusieurs de ses titres et en donnant à mes personnages des noms inspirés de ses œuvres.
Les retrouverez-vous tous?
L'écrou, tâche apparemment insignifiante, devient un symbole de l'absurdité de la perfection et de l'angoisse cachée des femmes dans nos sociétés modernes.
Extrait
Une chambre à soi
Clarissa dispose de bien plus que d’une chambre à soi, elle a toute la maison pour elle : deux étages avec poutres apparentes, sept pièces, dont une bibliothèque où Virginia Woolf occupe une section entière. Le mardi est son refuge de femme moderne. Elle accomplit sa liste de tâches ménagères, l’une après l’autre, dans un ordre exact. Ensuite, elle les raye d’un trait de stylo. Peu de gens imaginent combien il est satisfaisant de tirer des traits parallèles sur les choses qui tendent à diverger.
La voici qui s’avance dans la salle à manger. Elle ouvre le tiroir de la commode et en tire sa liste : neuf tirets, neuf tâches à accomplir. Quoi de mieux qu’un carré parfait pour augurer d’une nouvelle journée à soi ?
A haute voix, avec juste ce qu’il faut de caféine dans les veines, Clarissa lit la première ligne : « Refixer la lunette des toilettes ».
Depuis des semaines, la lunette bascule d’un côté quand on s’assied. La place qui devrait être la plus confortable de la maison – davantage que d’un besoin naturel, c’est du poids de sa journée ou de son existence que l’on se soulage – est bancale, instable, incommode. Son inclinaison dérange. Elle menace de faire dévier tout le reste avec elle, l’alignement du corps, l’axe sur lequel le monde tient en équilibre. Clarissa est là pour la rectifier.